Monographie de l'œuvre de Jean-Paul Agosti

couverture monographie agosti

 

La monographie de Jean-Paul Agosti est éditée par la galerie Guillaume.
Le texte principal est d’Irène Frain, associé à de nombreuses autres contributions d’auteurs et de l'artiste. Il est illustré par des reproductions de plus de cent quarante oeuvres d’art retraçant la plupart des jalons importants de son parcours d'artiste.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’oeuvre de Jean-Paul Agosti déconcerte. Au premier regard ses tableaux exécutés avec minutie est un “métier”, bien rarement revendiqué de nos jours. Ils nous incitent à rechercher des sources, des ressemblances et des parallèles. Mais, voilà, il n’y en a pas ; cette oeuvre n’a pas de référence et ne s’apparente à aucune de celles que nous aurions en mémoire. Ces aquarelles florissantes, noyées de ciels et de lumières boisées n’ont rien à voir avec un quelconque impressionnisme, ni aucun naturalisme. Les thèmes d’Agosti, toujours axés sur la nature, seraient la représentation d’une quintessence de celle-ci, revue à travers le prisme de l’imaginaire. Ils seraient à la fois un catalogue d’espèces florales les plus rares et le rêve d’Alice au jardin des merveilles. “Le Paradis, c’est-à-dire le Jardin absolu, c’est l’obsession, c’est l’ambition d’Agosti” écrit Salah Stétié, poète qui semble avoir une communion profonde avec cet artiste. Au-delà de cette approche poétique, nous sommes déconcertés par les ordonnances qui semblent se dégager de ces taillis, de ces fleurs et de ces ombrages. L’ordre que voici relève en fait de la mathématique fractale qui situe l’oeuvre au point de tension entre le local et le global et en utilise toutes les possibilités plastiques aussi bien sur le plan métaphorique que sur le plan esthétique. Maïthé Vallès-Bled, Conservateur au Musée des Beaux-Arts de Chartres, l’a parfaitement exprimé dans la préface du catalogue de l’exposition Paysages du temps en 1989 : “Avec une démarche propre de paysagiste, Agosti prend des éléments de la nature et les transforme, les organise les uns par rapport aux autres selon un système bâti sur une pensée fractale, qui consiste à considérer toujours deux choses à la fois : globalité et détail.
 
Chaque détail, chaque fragment, trouve sa place dans un ensemble plastique où tous les fragments sont reliés entre eux. Et, ce qui est vrai pour chaque détail, l’est également pour chaque oeuvre par rapport à l’ensemble du travail de l’artiste. Il y a toujours trois phases dans l’approche de la nature par Agosti, qui développent un système évoluant, pour chacune d’elles, vers d’avantage de complexité. La première, l’aquarelle, propose une grille de représentation du paysage relativement simplifiée ; puis vient le dessin, qui poursuit le développement du système et dont est finalement extraite l’oeuvre peinte. Cette peinture, qu’elle soit plus ou moins abstraite, qu’elle soit isomorphie ou cosmologie, est toujours, de par sa genèse même, reliée à ce qui l’a précédé. De son travail, Jean-Paul Agosti aime dire qu’il copie un arbre, un arbre avec une naissance qui serait aquarelle, puis un tronc et enfin des branches, mais des branches aux ramifications sans fin, traduites par une mise en infini des éléments, qui inscrit son jardin, mental et pictural à la fois, dans l’espace et dans le temps… ” Le sens métaphysique qu’il entend donner au paysage Agosti le souligne en dotant ses oeuvres de titres tels que : Jardin des ombres, Jardin aux écritures, Jardin de l’arbre-force… mais aussi en les référant aux grands mythes universels : Portrait d’Orphée, Les bains d’Apollon, Jardins des caducées… Le thème d’Hermès, reprenant la symbolique de l’arbre comme “caducée“ et blason du célèbre mythe, représente un nouveau paradigme des différentes forces d’expressions culturelles, substituant une fermeture horizontale et bi-dimensionnelle de l’espace à son ouverture verticale, tri-dimensionnelle et spirituelle.

Thessa Herold